Toussaint 2014: à la demande de cinq collèges de la Presqu'île d'Arvert et de l'Ile d'Oléron, Stéphanie Brouard et Pierre Dumousseau furent invtés à présenter un spectacle "à faire frisonner" dans l'esprit d'Halloween. Ainsi naquit "Frissons-Frissons, joué à La Tremblade, Marennes, Bourcefranc, Le Château d'Oléron et Saint Pierre d'Oléron; puis à la prison de Rochefort en 2016.
Anne Martine Ortiz, très inspirée par ces trois contes fantastiques ou horrifiques, se proposa de les illustrer avec sa fantaisie, son humour et son talent.
Le lecteur va donc pouvoir frissonner au récit de la bague du beau capitaine qui eut le doigt tranché sous la dent vorace et cupide d'Anna, la petite couturière des Mathes; s'émerveiller en montant à bord du bateau blanc de Rivedoux, dans l'île de Ré, pour y accompagner Sylvain et sa 'mamé", avant de débarquer dans un monde inconnu et hostile; enfin frissonner à nouveau à l'évocation de la "femme-squelette" qui hantait les fonds de l'estuaire de la Gironde, au large de Talmont, avant d'être accrochée par l'hameçon de François, le pêcheur d'estuaire.

NB/ Le texte "La bague du capitaine" est présenté dans une version bilingue: Français/ Anglais.

LA BAGUE DU CAPITAINE

........ Ce matin-là ils découvrirent un spectacle affligeant : trente et un corps humains parsemés parmi les détritus divers, morceaux de mâts, morceaux de voiles, tonneaux éclatés, végétaux inconnus…

Les villageois, venant du bourg des Mathes pour la plupart, dégagèrent ces corps et les alignèrent un peu plus loin, au pied des premières dunes. C’était pour la plupart des hommes d’équipage vêtus d’habits de grosse toile, cinq soldats reconnaissables à leur restant d’uniforme et, parmi ces malheureuses victimes, le corps d’un jeune homme, grand, avec un visage très fin -presque féminin- et des cheveux blonds. Lui, portait un uniforme à peine maculé ; une sorte de redingote bleue, avec des épaulettes et des broderies dorées aux bas des manches. Comme on ignorait qui pouvait bien être ce beau jeune homme, on le baptisa tout naturellement « le Capitaine ».
Il avait à l’annulaire de sa main gauche une bague en or avec des initiales gravées entrelacées. Par respect autant que par crainte, les villageois lui laissèrent la bague au doigt.

Une fois leur collecte de débris effectuée, les villageois transportèrent les trente et un corps au bout de la Pointe Espagnole ; ils creusèrent trente et un trous dans le sable de la dune et ensevelirent les morts avec respect, et avec la bénédiction du curé des Mathes dépêché pour l’occasion. Puis ils bricolèrent, à l’aide de bois flotté trente croix ordinaires pour les hommes d’équipage et les soldats, et une grande croix, dominant toutes les autres, pour le « Capitaine ». Enfin, ce devoir accompli, tous retournèrent au village ou dans leurs fermes chargés de leur butin.
Ce lieu d’inhumation fut dès lors connu sous le nom de « cimetière des naufragés ».

On parla longtemps de cette terrible tempête et de ce naufrage, le soir, aux « « veilées », dans les chaumières. Maintes fois les femmes, au lavoir, évoquaient ce « beau capitaine », avec sa bague en or…
Une jeune « couturère » du village, nommée Anna, écoutait, sans jamais rien dire, toutes ces conversations, et elle meublait ses rêves et ses fantasmes des apparitions de ce beau capitaine qui la fascinait avec sa bague en or.....

THE CAPTAIN'S RING

... That morning they discovered a tragic scene: thirty one human corpses scattered amongst the debris; parts of masts, pieces of sails, burst barrels, unknown plants...

" The villagers, from the town of Les Mathes and nearby areas, freed the tangled bodies and carried them to the foot of the first dunes and positioned them side by side.

There were mostly crew men dressed with heavy linen cloth, five soldiers identifiable by what was left of their uniform and, amongst these sad victims, the corpse of a young man, tall, with very fine almost feminine features and blond hair. He was wearing a uniform hardly soiled; a kind of blue frock coat with padded shoulders and golden embroidery at the end of the sleeves. As no one knew who this young man could be, he was obviously baptised “the Captain”.
On the ring finger of his left hand he wore a golden ring with engraved intertwined initials. Out of respect and fear of bad luck, the villagers left the ring on his finger.

Once the collecting of flotsam was over, the villagers carried the thirty one corpses to the end of the Pointe Espagnole; they dug thirty one holes in the sand dunes and buried the corpses with respect and with the blessing of the priest from Les Mathes who had hurried over for the ceremony. They then made, with the help of the driftwood, thirty simple crosses for the crew men and soldiers, and a large cross, overlooking all the others, for the “Captain”. Finally, with their duties accomplished, they returned to their villages or farms loaded with their booty.
This burial ground was thereafter known under the named of “the shipwreck cemetery”.

For a very long time the terrible storm and wreck was talked about when they gathered together in the evenings at home. Many times the women at the wash house mentioned this “handsome captain” with his golden ring...

A young seamstress from the village, called Anna, listened to these conversations without uttering a word, and she filled her dreams and fantasies with apparitions of the handsome captain who fascinated her with his golden ring."...
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