Roman policier Vous avez le droit de garder le silence

L’action se déroule dans un EHPAD. Il existe en effet un établissement hébergeant des personnes âgées dépendantes à Villeneuve, et c’est un milieu que j’ai eu l’occasion d’approcher lors d’expériences professionnelles passées.

Un policier écrit par Hugues Poujade, à commander dans le catalogue sur ce site

Extrait du livre

Comme une caravelle drossée sur un verger où ne poussaient, contrairement à ce qu’indiquait la pancarte, que des orangers, des oliviers, des néfliers et quelques mimosas sauvages ou brassées d’herbes folles, l’établissement d’hébergement des
Ficus abritait des résidents dont le degré de dépendance trahissait l’ampleur du désarroi.
Une grille gérontologique graduait la perte réelle d’autonomie des patients selon le groupe iso-ressources auquel ils appartenaient. De relativement autonome, aux individus dont les aptitudes mentales semblaient gravement altérées, le classement conditionnait le niveau de prise en charge de ces pathologies.
Mitoyen, le dernier agriculteur présent avait revendu une partie de son foncier au Conseil départemental, chargé du gros oeuvre, et optimisé ainsi la modeste pension que lui versait la Caisse de Mutualité Sociale Agricole.
Retranché dans sa Niçoise, Marcel Chevalier habitait à cent cinquante mètres à vol d’oiseau. Au pied de la baraque, il conservait une emprise conséquente et se languissait que le reste devienne constructible. Conciliant la hernie discale qui lui tassait les vertèbres et la parcelle de subsistance qu’il cultivait pour ses courges et ses poireaux, sans addition d’herbicides, le retraité se félicitait que Promogest « l’immobilier
résidentiel » ait pris contact.
Dans sa jeunesse, il avait usé ses fonds de culottes sur les mêmes bancs que l’écologiste André Aschieri, futur Maire de Mouans-Sartoux, membre actif du Grenelle de l’environnement. Celui-ci revendiquait haut et fort ses racines paysannes et lui avait transmis cette défiance contre les lobbies industriels qu’il accusait d’empoisonner la terre. Aschieri avait été le premier sur sa commune à instaurer des repas végétariens dans les cantines scolaires.
Une famille d’Algériens, des saisonniers peu soucieux de tri sélectif, logeait dans une aile de la maison. Parfois, ils aidaient Marcel à porter ses cagettes. Outre une peur viscérale des chiens, la tribu avait pris l’habitude d’entreposer ses poubelles à même le trottoir. Ne voulant pas se priver d’un loyer, le proprio fermait les yeux. Sachets de semoule, bocaux de pois-chiches, harissa, serviettes hygiéniques, farine et coquilles d’oeufs, la police municipale sonna un beau matin et leur enjoignit de faire en sorte que leurs ordures ménagères ne rameutent plus tous les chats du quartier. Il ne serait plus toléré que les emballages et les couvercles de conserves entravent la circulation dans la descente des Baumettes, l’abandon de déchets sur la voie publique étant passible d’une amende de 68 à 450€ !
De son jardin creusé d’une piscine en haricot pour le bonheur de ses petits enfants, l’ancien maraîcher savourait sa victoire, dominant la Méditerranée et les pyramides aux courbes fluides de la Marina. Plus à gauche, l’architecture lumineuse de
l’EHPAD détachait ses formes cubiques sur le paysage rugueux des crêtes du Mercantour.

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