Le petit garçon et le sourire perdu

Extrait du livre

LES 5 PREMIÈRES PAGES

Anaïs jeta un regard en coin vers Mamie qui se tassait à vue d’œil sur sa chaise. Elle avait l’impression que sa grand-mère se ratatinait de seconde en seconde.
Entre elles : Ernest, assis dans un fauteuil en osier pour enfant, avait l’air encore plus absent que d’habitude, si c’était possible.
De l’autre côté d’un bureau démesuré de style empire, un éminent docteur était en train d’énoncer son diagnostic (ce n’était jamais que
le neuvième médecin consulté en deux ans, toutes spécialités confondues).

― (…) Ce nouveau médicament donne de bons résultats, à… disons 60%. On ne risque rien d’essayer… (Euh ! que devenaient les 40% qui restaient ?). Je vous fais une ordonnance pour un mois.
La vieille dame et la jeune fille se levèrent en même temps.
Ernest les suivit docilement.
Un peu plus tard, après leur arrivée dans le vaste appartement familial du 6ème étage qui fleurait bon la cire d’abeille du 1er janvier au 31 décembre, Ruben, le frère d’Ernest et Anaïs questionna :
― Alors… quoi de neuf ?
― De nouvelles pilules, répondit Anaïs d’un ton dubitatif.
― Vertes, soupira Mamie.
― Pouah ! comme les épinards ! rétorqua Ruben.
― Comme l’espoir, murmura Mamie.
― Comme la tente de la terrasse sous laquelle Ernest est si bien, reprit fermement Anaïs.

Ernest fixa l’un après l’autre son grand frère, sa sœur (l’aînée de la fratrie) et sa grand-mère, haussa ses frêles épaules et se dirigea sans un mot vers sa chambre aux murs bleus (couleur sensée symboliser la paix, le calme, la sérénité).
Las, trois semaines passèrent sans que le petit garçon ne devienne plus causant, ni n’ébauche ne serait-ce que l’esquisse d’un sourire.
Par contre, il dormait, dormait, dormait… quasiment du matin au soir et du soir au matin.
― Complètement abruti ! avait tranché Ruben d’un ton définitif.

Cet après-midi-là, à la sortie de l’école, la maîtresse d’Ernest se rua sur Mamie qui en sursauta d’inquiétude.
― Madame Bonnefond, il faut que je vous parle. Je crois qu’il vaudrait mieux arrêter le nouveau traitement d’Ernest. Depuis qu’il le prend, il y a un gros problème… il somnole toute la journée, même à la cantine ! Alors, c’est vrai qu’il n’est pas facile de communiquer avec votre petit-fils, mais au moins, avant ce traitement, il travaillait très bien. Je peux même affirmer que c’était le meilleur élève de la classe. Malheureusement, à présent, il reste affaissé à sa place sans réaction. C’est très triste et ça m’inquiète.

Le lendemain, en début de soirée, le téléphone du salon se mit à sonner. Mamie décrocha, répondit plusieurs fois : « oui, bien sûr, évidemment, pourquoi pas ? » tout en griffonnant quelques mots sur le carnet de notes posé à côté de l’appareil. Puis elle raccrocha et se tourna vers les deux grands avachis dans le canapé, chacun en train de pianoter sur son portable.
Ernest, lui, s’était endormi dans un fauteuil. Manifestement, même après l’arrêt du traitement, les cachets continuaient leur effet soporifique.
― C’est mon amie Hélène, annonça Mamie, elle me conseille un ostéopathe pour Ernest. Il fait des merveilles, paraît-il. (Hum ! il paraît… rien de sûr quoi !)
Quelques jours plus tard, Anaïs ayant entamé les révisions pour ses examens, c’est Ruben qui accompagna Mamie et Ernest chez l’ostéopathe. L’adolescent, en 2ème, affirmait que l’année était cool au possible. Brevet l’an passé, bac l’an prochain, franchement, peinard la seconde !

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