Auteur de romans (5 à ce jour) je n’ai pas cherché à faire passer un écrit derrière les nouvelles technologies mais plutôt apporter une valeur ajoutée à un roman où l’intrigue et les rebondissements servent déjà des personnages bien travaillés (j’ose l’espérer). Pour me battre contre les poids lourds de l’édition et conquérir un nouveau lectorat sans me priver des lecteurs classiques, j’ai mis en place un nouveau concept. Ce procédé permet à ceux qui me lisent de choisir un degré d’immersion de plus en plus profond au cœur de mon histoire. Attention : je précise que mes romans n’entrent pas dans le cadre de lectures interactives et mon thriller peut être lu de bout en bout comme n’importe quel livre classique.
S’il le désire (vous l’avez compris : seulement s’il le désire) le lecteur pourra flasher avec son smartphone des QR codes pour se retrouver à l’endroit précis où se promène mon personnage et voir à 360° l’environnement de celui-ci. Si d’aventure, le lieu où se déroule l’action lui est accessible, il pourra chercher (et trouver) les objets que tentent d’obtenir mes héros. Il est également possible de rencontrer sur place les mêmes personnes qui croisent le chemin des protagonistes de mon scénario. Celles-ci se sont engagées à garder leur rôle en présence de mes lecteurs !
Le concept a séduit des communes et des entreprises privées qui ont mis à ma disposition leurs services techniques ; ils ont réalisé des travaux importants pour que des caches élaborées puissent correspondre parfaitement à mes écrits. Un maire a autorisé qu’une pelle mécanique défonce une partie d’un jardin public pour enterrer des tuyaux munis de ressorts pour que le mécanisme inventé par mon serial killer puisse fonctionner dans la vraie vie !
Un sculpteur a créé une œuvre pour qu’elle trône sur un piédestal muni d’un tiroir secret…

Extrait du livre

Parc national du Kakadu, Nord-Est Australie, Août 1990

Le jeune homme pousse un soupir lorsque son regard accroche l’étiquette portant son nom à l’intérieur de son col de chemise : Jason Freeman. Comment ses aïeuls ont-ils pu accepter ce nom si ridiculement éloigné de la réalité de sa pseudo-identité australienne ?

Maintenant qu’il a plié ses vêtements et qu’il les a glissés sous le grand rocher avec ses chaussures, il est redevenu Tchangala Purrungu du clan des Bininj.

Après un dernier regard à la lune qui inonde la plaine désertique d’une lumière diaphane, il s’élance entre les grandes ombres noires des broussailles. Pieds nus dans la poussière, chacune des foulées qui le portent sur le chemin du rêve l’entraîne loin de celui qu’il était il y a quelques minutes à peine. Il n’est pas encore temps de murmurer avec ravissement le nom secret qu’il a reçu à sa naissance et que seul le bush peut entendre. C’est un fragment de vers chantés qui racontent l’itinéraire totémique d’un de ses ancêtres. Du haut de ses quatorze ans, il va, grâce à ce parcours, prendre possession de son héritage culturel. Le chant qui monte de sa gorge l’emporte sur un chemin invisible tracé il y a des millénaires et ses maigres jambes le mèneront bientôt aux portes du temps du rêve.

Son grand père lui a dit qu’il était prêt, et c’est sans aucune hésitation que le garçon chétif du township de Jabiru va disparaître. Le présent et le passé vont se rejoindre et le jeune homme se débarrassera de cette crasse moderne pour s’imprégner de sa culture clanique. Pour la toute première fois, il assumera seul ce voyage vers ses racines et, si le chant ne l’emmènera qu’à une trentaine de kilomètres de chez lui, il va lui permettre de franchir une frontière invisible qui le basculera dans un autre monde.

Sa course est souple et régulière et Tchangala devient peu à peu insensible à l’effort. Rien ne semble vouloir ralentir son avancée entre les herbes sèches et les grandes termitières. Un varan tourne la tête à son passage mais ne parait pas plus effrayé que les quelques chauves-souris qui doivent effectuer un virage serré pour l’éviter.

Depuis que le ranger l’a laissé au bord de la piste, la voie qu’il emprunte l’éloigne résolument de la route goudronnée qui traverse le Kakadu pour se rapprocher de la « south alligator river ». Les autorités du parc ont, volontairement utilisé une partie de cet itinéraire damé par des milliers de passages de pieds nus pour créer un sentier pédestre destiné aux touristes. Toutefois, ils ont sciemment éloigné le circuit balisé des abords de la rivière où il est possible de rencontrer un crocodile. Les « salties » remontent rarement jusqu’ici mais le risque que ce reptile de plus de cinq cents kilos soit présent n’est pas à écarter.

Dans le monde où évolue Tchangala, il n’existe pas un balisage physique, c’est le chant qui donne la direction. C’est donc sans hésiter qu’il bifurque à angle droit sur la gauche pour suivre son propre itinéraire. Abandonnant le sentier, il traverse un espace dégagé qui le portera vers les berges du cours d’eau. Profitant d’un passage ouvert par un buffle, le buste bien droit, il entre sans ralentir dans l’épaisse végétation qui borde les rives. Dans la noirceur du sous-bois, il doit modérer peu à peu son allure pour l’adapter aux obstacles qui freinent sa progression. Des enchevêtrements de branches laissées par les crues s’accrochent aux rares troncs qui ont su résister à la force de la rivière.

Si à présent l’eau miroite à vingt mètres en contrebas, à la saison des pluies l’Alligator River peut envahir une bonne moitié de la plaine aride qu’il traverse aujourd’hui.

Le murmure mélodieux qui occupe son esprit le pousse à suivre ce parcours difficile qui le ramènera à quelques centaines de mètres d’une des artères les plus fréquentées du parc national. Mais rejoindre le groupe de rochers sacrés par un chemin d’asphalte créé par les blancs n’a aucun sens. Après deux bonnes heures de voyage, le jeune garçon débouche enfin près du site naturel, gardien des secrets de son peuple.

Son effort n’a pas été vain car il lui a permis de se décharger de sa carapace de modernité avant d’atteindre son but. Le site est intact et reste inconnu des Blancs qui passent à deux portées de boomerang sur la Kakadu highway. Aucun membre de son peuple ne viendra directement ici par ce qui pourrait être l’itinéraire le plus facile car aucune trace humaine ne doit fouler le sol au-delà des rochers.

Les rayons de la lune donnent à l’herbe sèche de la clairière une teinte argentée qui fait ressortir la masse noire des deux énormes blocs de granit qui se côtoient au centre de cet amphithéâtre naturel. Son grand-père lui a montré les signes peints dans la faille étroite formée par les deux rochers déposés là lors de la création du monde.

Le jeune garçon reprend son souffle pour s’avancer avec respect vers le site sacré…

Soudain, à moins de cent mètres le cri aigu d’une femme retentit. Cet appel qui déchire la nuit réveille Jason Freeman enfoui au plus profond de l’esprit de Tchangala, l’obligeant à sortir du temps du rêve…

Télécharger gratuitement le début du livre

Plongez-vous dès maintenant dans ce livre en lisant ses premiers chapitres au format PDF.

Auteur

Vous devez être connecté pour pouvoir me contacter. Créer votre compte